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Le quotidien Ouest-France a publié ces derniers jours, au gré de ses éditions
départementales, une tribune co-signée par Yannick Jadot (Europe Ecologie),
René Louail (groupe PAC) et Samuel Feret (paysan).
Cette tribune appelle à la constitution d'une nouvelle politique agricole
et alimentaire en Europe alors que la PAC va être remise sur le métier.
"Les Français sont attachés à leurs paysans, mais ils sont de plus en plus
exigeants pour leur santé et leur environnement. Le paysan des années 60, qui
s'est modernisé pour devenir un agriculteur nourricier, doit réussir une nouvelle
mutation : gérer, et non plus exploiter, un capital naturel fortement dégradé et
fournir une alimentation saine et de qualité.
"Car le diagnostic est lourd. Nos sols et nos rivières sont malades de
mauvaises pratiques agricoles. Les risques sanitaires augmentent. Les revenus
de certains éleveurs atteignent à peine 5 000 euros par an quand d'autres
voient les leurs bondir de plus de 100%, alors que 20 % des agriculteurs
accaparent 73% des aides. L’excédent agroalimentaire de 10 milliards d'euros
équivaut au montant des subventions que la France reçoit de la PAC. Aberrant
et injuste !
"L’exemple breton est emblématique. La Bretagne est la première région
agricole française, avec quelques records... Sur 7 % de la surface agricole
nationale, la région accueille 14 millions de porcs, soit les 2/3 de la production
nationale ; 94 millions de volailles et 2,25 millions de bovins. Cette
concentration, dramatique pour l’environnement, n’est pourtant rentable ni
économiquement ni socialement. L ’agriculture bretonne se place au 20ème
rang des régions françaises en termes de valeur ajoutée produite, à peine le
montant des aides européennes reçues. Pire, elle a perdu ces cinq dernières
années plus de 17000 emplois ! Dans un contexte où la France perd 3000
emplois par jour, il faut inverser cette tendance infernale. L’agriculture peut
participer au défi de l’emploi. Il n’y a pas de fatalité à la disparition massive
des paysans.
"On ne changera durablement les pratiques agricoles qu’en changeant les
politiques qui ont conduit à ce désastre. Les mesures annoncées par Michel
Barnier atténuent certains déséquilibres, mais n’opèrent pas cette rupture. Le
président de la République enjoint de produire plus avec moins. Mais produire
quoi au juste ? Produire davantage de maïs et importer massivement du soja
transgénique pour les porcheries industrielles ? Exporter plus de viandes et de
poudre de lait à coup de subventions et ainsi déstructurer les agricultures
vivrières ? Poursuivre la prise en main des filières de production par l’agroalimentaire
pour finalement aboutir à leur délocalisation, comme dans le cas de
la filière volaille ? Certainement pas.
"Des agricultures durables et diversifiées, dont l’agriculture biologique, existent
déjà sur de nombreux territoires. Elles ont besoin d’être davantage reconnues
et soutenues. Elles produisent des aliments de qualité, protègent les
ressources et valorisent les milieux naturels, créent des emplois qualifiés,
développent leur autonomie énergétique, participent au refroidissement de laplanète,
contribuent à l’aménagement des territoires et à la vie rurale. Elles
sont la priorité !
"Les conclusions d’un rapport majeur des Nations Unies de 2008 le
confirment : la solution aux défis alimentaires, environnementaux et
climatiques des décennies à venir passe par l’agriculture paysanne et l’agroécologie.
Elle doit être faite pour et par les centaines de millions de petits
paysans. Les plantes, et demain les animaux, génétiquement modifiés font
partie du problème, pas de la solution. C’est une approche à l’opposé de celle
de l’OMC qui entend imposer à l’humanité un modèle standardisé, construit par
et pour les firmes semencières, chimiques et agro-alimentaires. La France a
signé ce rapport...
"La réforme de la PAC, prévue pour 2013, se prépare dès maintenant. En
panne de légitimité, elle devra laisser la place à une politique agricole,
alimentaire et environnementale commune, privilégiant notamment les
exploitations de moins de 50 hectares, les systèmes herbagers, la production
européenne de protéines végétales... Une politique où les paysans seront les
acteurs d’une souveraineté alimentaire retrouvée, en Europe et dans le monde.
"Une agriculture ancrée dans ses territoires, une démocratie alimentaire faisant
vivre paysans, citoyens et consommateurs sur la base d’un nouveau contrat
entre villes et campagnes, ouvrant de nouvelles perspectives aux terres de
Bretagne, des Pays de la Loire et de Poitou-Charentes.
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