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La grippe A: la grippe de l'agro-industrie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
14-05-2009

 

La grippe A : la grippe de l'agro-industrie !
article publié le 6/05/2009
auteur-e(s) : Attac France, Confédération Paysanne

Le modèle agro-industriel mis en en cause

La bataille qui s’engage sur le nom de la grippe A-H1N1 permet d’occulter, dans le déferlement médiatique, les réelles causes de l’apparition et de la propagation de ce virus. Pourtant, de plus en plus d’ONG, de chercheurs, de journalistes nord-américains et de témoignages des populations mexicaines mettent en cause le modèle agro-industriel, piloté par les multinationales et engendré par la mondialisation néolibérale.

Il n’existe aucune certitude sur l’origine précise du virus, mêlant des souches humaine, aviaire et porcine. Mais tout laisse à penser que sa transmission est fortement liée à l’agro-industrie. Cela fait des années que de nombreux scientifiques avertissent que l’industrialisation des élevages et la très forte concentration des animaux favorisent la transmission et la recombinaison virales [1].

Une piste sérieuse concerne la plus grande multinationale de viande porcine, Smithfield Foods, qui s’est implantée, sous le nom de Granjas Carroll, dans la communauté mexicaine de la Gloria. Depuis des mois, les habitants se plaignent de maladies respiratoires et de morts étranges, qu’ils ont très rapidement liées aux conditions d’hygiène scandaleuses de la multinationale (par exemple, des charognes de porc qui pourrissent à l’air libre) [2]. C’est ici que le premier cas de grippe porcine a été diagnostiqué dans le pays. Les autorités mexicaines se sont visiblement efforcées d’étouffer l’affaire. Smithfield Foods a pourtant déjà été dénoncée par les populations victimes de ses pratiques d’élevage, qui mettent en danger la santé publique. Mais, comme pour d’autres multinationales agroalimentaires, l’impuissance ou le laxisme des autorités ont permis à la loi du libre investissement de s’imposer.

Un autre foyer potentiel a pu être identifié par des chercheurs américains en Caroline du Nord, où l’agriculture porcine est la plus concentrée et la plus industrialisée du pays [3]. D’autres foyers pourront être identifiés. L’important est de bien voir les énormes risques sanitaires engendrés par une industralisation à outrance de l’élevage par quelques multinationales, cela malgré les avertissements de très nombreux chercheurs et institutions. Depuis quarante ans, on est passé de cinquante à mille porcs par ferme en moyenne aux États-Unis. Les élevages de Smithfield Foods concentrent chacun plusieurs dizaines ou centaines de milliers de porcs confinés dans d’immenses hangars, dans des mares d’excréments, avec de très importantes déjections polluantes et des antibiotiques qui multiplient les résistances. On est à dix mille lieues de l’élevage paysan et familial.

Les causes profondes : libre-échange et mainmise des multinationales

Le fait que cette grippe ait d’abord été localisée au Mexique et en Amérique du Nord n’est certainement pas un hasard. Depuis 1994 a été créée une zone de libre-échange, l’ALENA, entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, consacrant le libre marché au mépris notamment du principe de précaution. Sans possibilité de protection, l’agriculture mexicaine a été décimée par une importation massive de produits agricoles à très bas prix. Les multinationales agroalimentaires des États-Unis ont pu investir et s’implanter massivement au Mexique pour échapper aux réglementations contraignantes imposées dans leur pays. Sans oublier que le Mexique a été soumis à des programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale à partir des années 1980. Ces programmes ont notamment poussé l’agriculture à s’orienter vers les exportations, au détriment des productions vivrières et paysannes. Les conditions étaient réunies pour une dérive vers une agriculture industrialisée, polluante et sans règles environnementales, sociales et sanitaires.

La propagation de cette grippe révèle également l’échec des systèmes de prévention, notamment de l’Organisation mondiale de la santé, et des systèmes de santé publique en Amérique du Nord, privatisés, avec trop peu de moyens et incapables d’une réaction rapide et coordonnée. De plus, l’industrie pharmaceutique a tout fait pour combattre les initiatives des pays du Sud visant à produire, de façon publique et générique, des antiviraux aussi cruciaux que le Tamiflu des laboratoires Roche [4].

Comme pour la grippe aviaire, une cause profonde se trouve du côté du libre-échange et de la mainmise des multinationales. Il est urgent que soit mise en place une évaluation indépendante de l’origine du virus, des impacts de l’industrialisation des élevages, notamment en Amérique du Nord, et du délabrement du système de santé publique. Ce ne sera pas chose facile : de même que pour la grippe aviaire, il est probable que l’industrie porcine fasse tout pour obstruer les enquêtes. À plus long terme, le modèle agricole industriel, ainsi que les accords de libre-échange et la libéralisation des marchés qui l’ont engendré, doivent être remis en cause. Les échanges mondiaux doivent devenir solidaires et coopératifs, dans le respect du droit à la souveraineté alimentaire et de celui de chaque peuple à protéger son agriculture, en particulier contre les multinationales [5]. Sinon, il faut s’attendre à des catastrophes sanitaires d’une ampleur toujours plus grande.

Attac France,
Confédération Paysanne,

le 6 mai 2009

Notes

[1] Voir le site de l’ONG Grain (http://www.grain.org/articles/?id=50) ; Bernice Wuethrich, "Chasing the Fickle Swine Flu", Science, Vol. 299, 2003 ; voir aussi l’article “Expert Panel Highlights Serious Public Health Threats from Industrial Animal Agriculture”, qui relate les avertissements d’un panel d’experts devant le Congrès, en novembre 2008, sur les grands risques sanitaires liés à la concentration des élevages de porcs, http://www.pewtrusts.org/news_room_....

[2] Selon notamment le quotidien régional La Jornada. Dans cette région existent également de nombreux élevages intensifs et industriels de volailles et une grippe aviaire y a sévi récemment, source potentielle d’une recombinaison virale.

[3] Article de Michael Greger, directeur de la santé publique et de l’élevage pour “The Humane Society of the United States”, http://sheepdrove.wordpress.com/200.... Le “Bulletin de l’Académie vétérinaire de France” écrivait également en 2004 : “Depuis le début des années 2000, la grippe du porc en France concerne avant tout les élevages de Bretagne, où la densité porcine est la plus élevée. Elle a un impact économique considérable dans les élevages de cette région. L’activité grippale est le fait de virus A/H1 d’origine aviaire (A/H1N1) ou de réassortants (A/H1N2). L’instabilité des virus grippaux suppose d’adapter régulièrement les outils de détection afin de permettre une épidémiosurveillance efficace.”

[4] http://www.guardian.co.uk/commentis....

[5] Sur ce sujet paraît bientôt un livre d’Attac Europe-Via campesina Europe, Souveraineté alimentaire : que fait l’Europe ?, Paris, Syllepse, 2009.

 


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Actualité


A Chauvigny, le 07 octobre 2009

(en réponse à celle du 9 juillet 2009 de M. le Maire de Chauvigny)
Se référant à la tribune politique du magazine municipal « Entre Nous », M. le Maire de Chauvigny a cru devoir organiser la distribution d’un tract le 9 juillet 2009. L’objectif affiché était de répondre à « l’ignorance de certains » et de convaincre les citoyens de la pertinence du choix de l’implantation dans le Chauvinois d’une porcherie industrielle, un temps refusée pourtant par le 1er élu de la commune. La décision concernant la porcherie industrielle est présentée comme imposée par l’Etat et la loi incarnés par M. le Préfet de la Vienne.
La présente réponse n’a pas pour objectif de polémiquer mais bien d’ouvrir des nouveaux horizons et un dialogue réel dégagé de tout jugement hâtif et méprisant. Nous ne doutons pas de l’intérêt pour tous de réfléchir à d’éventuelles avancées pour viser l’objectif de développement durable clairement mis en avant par M. le Maire dans le magazine « Entre Nous ».
Tout d’abord, une municipalité responsable ne se trouve pas sans armes pour mener à bien sa politique. Face à un préfet qui voudrait imposer, comme en l’espèce, un projet de porcherie industrielle, refusé à juste titre par les conseils municipaux de Chauvigny et de toutes les communes concernées, des réponses existent.
La municipalité de Chauvigny aurait pu dans un premier temps élaborer un PLU (plan local d’urbanisme) conforme à des projets de développement durable. Au moment de la réception initiale de la demande de permis de construire qui nous occupe, il était d’autant plus aisé pour la commune de Chauvigny de faire coïncider sa volonté, affichée de mise en place d’un projet durable puisque, sauf erreur, le nouveau PLU était encore en préparation. Il suffisait donc de refuser le permis de construire en imposant avec le nouveau PLU des règles empêchant par exemple :
de nuire à la vocation touristique de Chauvigny,
de nuire à la qualité de l’eau,
de nuire à l’équilibre écologique du Chauvinois,
Encore aujourd’hui une politique municipale cohérente pourrait envisager de modifier le PLU pour limiter par exemple les zones d’épandage du lisier !
Il ne paraît pas sérieux d’invoquer les règles de gestion rigoureuse des finances de la commune, en mettant en avant l’exemple de la commune Barlieu. En effet, ce village a dû faire face à deux procédures judiciaires, dont une bien différente de celle qui nous intéresse (elle concernait le licenciement d’une employée communale). La municipalité de Barlieu a eu des frais de défense en justice certes importants en raison, par exemple, de l’intervention d’un conseil à la Cour de Cassation et au Conseil d’Etat, mais sûrement pas de nature à mettre en péril les finances, même d’une très petite commune. En l’espèce, la commune de Chauvigny a bien déjà décidé d’engager des frais pour soutenir le projet de porcherie de Chantegeay.

D’autre part, M. le Maire ne peut traiter ses administrés « d’ignorants » et se contenter de présenter comme sérieuses des menaces exorbitantes et inconsidérées contenues dans un simple courrier dont la teneur lui aurait été dévoilée. La consultation de sites juridiques permettrait à M. le Maire d’être informé de la jurisprudence en la matière (c'est-à-dire des décisions de justice publiées). Les juridictions n’ont jamais mis en péril, sauf démonstration contraire, les finances d’une petite commune dans des hypothèses d’un projet d’élevage industriel.
Une autre politique municipale est possible et les habitants soucieux de l’environnement, de la santé des consommateurs, du bien-être des animaux etc..., ne sont pas forcément des « irresponsables » ! S’il faut citer une commune en exemple, pourquoi pas la petite ville du Séquestre choisie après plusieurs réalisations positives dès 2002 comme « site témoin » au côté de quatre autres villes françaises (Evry, Rochefort, Joinville et La Teste de Buch) pour promouvoir les principes de la loi « solidarité et renouvellement urbain » (contenant des règles de concertation, de recherche des équilibres et de développement durable).
Pour finir, rappelons que l’idée de « développement durable » a été adoptée par les pays signataires de la déclaration de Rio de Janeiro en 1992. Le développement ainsi qualifié lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (sans provoquer la disparition des petites exploitations agricoles), promeut la production dans le cadre de projets économiquement viables, de biens et de services durables et la protection de l’environnement. La convention de Rio a invité les collectivités locales à s’emparer de démarches participatives pour élaborer des projets répondant aux trois critères énumérés ci-dessus.
Cette réponse s’inscrit dans la promotion de ce type d’actions et entend confirmer que des choix dans le sens d’un véritable développement durable restent possibles dans le Chauvinois.
Le bureau de l’ACIPE

 
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